Premier crowdfunding à Rennes 2 pour financer un projet de recherche

Autre info

Le financement de la recherche dans des domaines émergents ou à l’interface de plusieurs domaines d’étude peut s’avérer complexe via le circuit formel des appels à projet portés par des fondations, des collectivités territoriales, etc. Aussi, le financement participatif peut être une alternative pertinente ; et c’est cette voie,  nouvelle à Rennes 2, que Lyse Leclercq, doctorante au Laboratoire M2S, et son directeur de thèse Armel Crétual, maître de conférences à l’UFR STAPS, proposent d’explorer.

Un projet de recherche original

La thèse de Lyse Leclercq vise à étudier les bénéfices supposés du port de prothèses de membres supérieurs dans les activités physiques. En effet, nous utilisons systématiquement, et instinctivement nos bras lorsque nous courons, dansons, sautons. Et la tâche est bien plus ardue quand on garde les bras croisés ou les mains dans le dos. Ceci parce que les bras nous aident à nous équilibrer, à nous propulser, et à contrôler les rotations de notre corps, notamment celles générées par le mouvement des membres inférieurs. D’où par exemple la coordination en antiphase entre le mouvement des bras et des jambes lorsque l’on marche ou que l’on court.

Qu’en serait-il si nous étions toujours privé·e·s d’une partie ou de la totalité d’un bras, voire des deux ? C’est le cas des personnes amputées ou agénésiques. Doivent-ils porter une prothèse pour rétablir cette fonction dynamique des bras, ou ne pas en porter pour ne pas s’encombrer d’une masse « inerte » ?

Dans une étude pilote, Lyse Leclercq et Armel Crétual se sont penché·e·s sur le cas d’un sprinter quadruple amputé : Stéphane Robert. Il rencontrait des difficultés techniques que l’amputation des membres inférieurs, compensée par l’utilisation de lames, ne suffisait pas à expliquer. Contrairement à d’autres sportif·ve·s amputé·e·s des membres inférieurs, il avait une accélération plus faible, une foulée moins ample, une trajectoire de course moins rectiligne, et une rotation excessive du haut du tronc.

En lestant les moignons des membres supérieurs, on observe des améliorations dans sa technique, et une diminution des mouvements parasites. Ces résultats prometteurs restent néanmoins à expliquer d’un point de vue biomécanique, et à confirmer sur davantage de personnes amputées des membres supérieurs. Comprendre ce paradoxe d’une amélioration du geste malgré l’ajout de masse inerte est l’objectif principal de la thèse de Lyse Leclercq.

Trouver un financement

La partie expérimentale nécessite de financer la fabrication de prothèses de sport sur-mesure pour les 14 participant·e·s au projet de recherche, et de les faire venir au laboratoire, soit un coût estimé à environ 30 000 €.

Les divers·es interlocuteur·rice·s saluent la visée du projet : améliorer la qualité de vie des personnes amputées. En effet, proposer un matériel adapté peut favoriser l’accès de personnes néophytes à l’activité physique, avec ses bénéfices connus sur la santé. Cela peut améliorer le confort de pratique et la performance dans le sport, et générer plus de plaisir, donc plus d’engagement. De plus, en tant qu’objet culturel, le sport peut renforcer le sentiment d’appartenance, par les rencontres ou le partage d’émotions ou de sensations similaires. À plus haut niveau enfin, cela peut permettre d’améliorer les performances des sportif·ve·s amputé·e·s en compétition.

Par son positionnement à l’interface entre le sport et la réadaptation, ce projet de recherche est rarement prioritaire dans les appels de la thématique sport, la population étudiée étant sujette à un handicap, ni dans ceux de la thématique handicap, puisqu’il ne s’agit pas d’apporter un nouveau traitement ou une nouvelle aide pour la vie quotidienne. En outre, l’amputation ne concerne qu’une infime proportion de la population française et n'est donc pas un enjeu économique.

Le soutien moral ne suffit pas pour faire progresser le projet. Comme pour les maladies rares, Lyse Leclercq et Armel Cretual déplorent que les recherches visant à améliorer la qualité de vie des personnes amputées ne soient pas davantage encouragées financièrement. Ils ont donc décidé de prendre les devants.

Créer une nouvelle synergie

Avec l’aide du service audiovisuel (CREA), du service communication, et le soutien de la DRV, ils ont décidé de lancer le premier crowdfunding à destination de la recherche à l'université Rennes 2 sur Thellie, plateforme d’hébergement française dédiée à la recherche autour des thématiques de santé.  

Le projet s’appuie aussi sur de multiples partenariats : avec le pôle MPR de Saint-Hélier, grand acteur dans la réhabilitation des personnes amputées, la Fédération Française Handisport, mais aussi et surtout avec des prothésistes, Orthofiga, Orthopus et MyHumanKit, qui proposent de fabriquer des prothèses dédiées au sport et totalement fiables à prix coûtant. Il faut à présent réunir suffisamment de promesses de don pour que Thellie valide l’ouverture de la campagne en ligne.

À vous de jouer

Pour contribuer à cette grande première à Rennes 2, et ouvrir la voie à de futurs projets grâce au financement participatif, n’hésitez pas à partager leur vidéo et à relayer leurs communications sur les réseaux sociaux via le twitter du laboratoire M2S, et via les comptes de Lyse Leclercq : twitter, facebook, et linkedin. Et pour faire une promesse de don, il suffit de contacter Lyse Leclercq par lyse.leclercq [at] univ-rennes2.fr (courriel) ou de téléphoner au 02 99 14 17 33.