Anne Gangloff remporte une chaire Jean Monnet

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Anne Gangloff, maîtresse de conférence HDR en histoire ancienne, membre du LAHM-CReAAH, a obtenu en novembre 2021 une chaire Jean Monnet, attribuée par l'Union européenne (UE) dans le cadre du programme Erasmus +.

Le projet d'Anne Gangloff, "La transmission et la création d'une culture européenne commune : la fabrication des héros" (FABER) établira un parallèle entre la fabrication des héros et héroïnes antiques et la fabrication des héros et héroïnes européen·ne·s afin d'examiner comment la notion d'héroïsme peut aider à construire une UE politique et culturelle. Ce projet de trois ans comprend 105 heures d'enseignement pour près de 350 étudiant·e·s ainsi que des activités de recherche et de diffusion de la recherche.

"J'avais déjà travaillé sur l'héroïsation dans l'Antiquité. J'ai trouvé intéressant de réfléchir à cette question au sens moderne du terme. Une double question se pose pour l'Europe : peut-on héroïser à l'époque actuelle, créer autre chose que des héros et héroïnes éphémères qui, tous les dix ans, sont oubliés ? Et peut-on créer des héros et des héroïnes qui ont une dimension supranationale ? Peut-on créer des figures auxquelles les Européens peuvent se rallier et éventuellement critiquer ? Le spationaute Thomas Pesquet est très utilisé, héroïsé aussi bien auprès des enfants que des adultes. Certaines images le présentent comme un héros viril antique, sa notoriété est exploitée dans les médias français dans une perspective d'intégration européenne. Je suis frappée aussi par les figures féminines dans l'histoire européenne. Il y a, par exemple Simone Veil ou la romancière et journaliste Louise Weiss, à partir desquelles on peut réfléchir au processus d'héroïsation. Certains héros et héroïnes mythiques ont beaucoup marqué l'idée qu'on se fait des héros et héroïnes contemporains : par exemple Antigone a une image d'héroïne résistante que l'on peut retrouver avec Simone Veil."

La question du genre sera approfondie pour questionner le rôle des femmes dans la construction de l'UE. Très innovant, le projet FABER vise à établir un dialogue entre le monde académique et les citoyen·ne·s européen·ne·s, à travers six événements qui seront largement ouverts et diffusés : 2 conférences, un symposium international, un cycle sur "Le péplum dans la culture européenne" (3 projections de films), pour un public d'environ 700 personnes. Il privilégie les médias populaires tels que le cinéma, la bande dessinée, les sites internet. "Une question m'intéresse : dans quelle mesure les héros antiques peuvent-ils encore être des héros contemporains ? Il y a eu une réaction assez vive, notamment aux États-Unis contre la culture des Classics, pour dire que c'est une culture très sélective, qui ne s'adressait qu'à l'élite blanche. On peut bien sûr critiquer la culture classique, mais c'est une des bases de la culture européenne, et je trouve intéressant de réfléchir à son apport."

FABER propose de développer des activités de sensibilisation et d'éducation qui rapprocheront l'UE du public, notamment dans le domaine de l'éducation, en réfléchissant à la manière d'enseigner l'Europe d'une manière plus concrète et moins axée sur les institutions. "L'Europe est enseignée de manière surtout institutionnelle : la construction européenne, les grandes étapes... Or les élèves aujourd'hui sont assez loin de l'Europe, cela ne leur dit plus grand-chose. On ne s'identifie pas à des institutions. Il est plus facile de constituer une identité en s'intéressant à des personnes qui ont une dimension européenne. Ces figures héroïsées, il est important de pouvoir se positionner pour ou contre, de les étudier en gardant toujours une dimension critique. Ma démarche n'était pas de chercher des héros pour l'Europe, de construire des images d'Epinal ! Mais c'est une bonne piste pour l'enseignement d'une culture européenne au sein d'une diversité d'histoires, de cultures, de langues."

Le projet FABER réunit une équipe interdisciplinaire de 7 chercheur·e·s et 5 expert·e·s internationaux·ales dans les domaines des études classiques, de l'histoire contemporaine, des études cinématographiques, des études européennes, études des médias, enseignement de l'histoire européenne, et héroïsation. En janvier 2023, Anne Gangloff organisera avec Evelyne Cohen, anthropologue, spécialiste des médias à l'ENSIB (Lyon), un colloque qui fera intervenir des sociologues, des philosophes, des historiens, spécialistes de périodes différentes, sur le succès et l'échec de l'héroïsation de puis l'Antiquité jusqu'à l'Europe.

Les chaires Jean Monnet en bref
Dotées d'environ 50 000 €, les chaires Jean Monnet ont pour objectif d’approfondir l’enseignement sur les études européennes figurant au programme officiel de l'établissement et de dispenser un enseignement approfondi sur les questions européennes touchant des domaines de plus en plus recherchés sur le marché du travail. Elles ont une durée de trois ans et doivent comprendre au moins 90 heures d'enseignement réparties sur l'année universitaire cours magistraux, des séminaires, des tutoriels et des cours à distance). Les établissements participants doivent soutenir le titulaire de la chaire dans ses activités d’enseignement, de recherche et de réflexion, afin que les cours dispensés soient intégrés dans le plus grand nombre de programmes possible.

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