Colloque "La mémoire et ses représentations esthétiques en Amérique latine"

11 février 2010 - 13 février 2010
Colloque / journée d'étude

L’équipe de recherche Interlangues, Mémoire, Identité, Territoire (Érimit, EA 4327 / UFR langues) organise un colloque international, du 11 au 13 février 2010 à l’université Rennes 2, sur le thème "La mémoire et ses représentations esthétiques en Amérique latine". Ce colloque se propose d’examiner, d’un point de vue interdisciplinaire, les rapports entre la mémoire et ses manifestations esthétiques de tout ordre en Amérique Latine, de 1950 à nos jours.

 


Présentation :
Ce colloque interdisciplinaire vise à analyser les répercussions de faits politiques et sociaux traumatisants pour les sociétés, et leurs effets sur les représentations esthétiques, dans les pays latino-américains. La période choisie est volontairement récente (1950 à nos jours) et les événements étudiés constituent des points de rupture dans leur histoire: dictature militaire au Brésil (1964-1984) ; 1968, massacre de Tlatelolco, (Mexique) ; 1973, coup d’État (Chili) ; 1976-1983, dictature militaire (Argentine) ; 1979, Révolution Sandiniste au Nicaragua; "période spéciale" à Cuba dans les années 90, etc. Ces faits occupent une place de plus en plus importante sur l’espace public et médiatique, et suscitent de multiples productions artistiques (Laplantine).
On peut alors s’interroger sur les interactions entre l’absence de deuil, l’impunité et la nécessité d’une méta-mémoire. Quelles ont été les représentations esthétiques (littérature, musique, photographie, cinéma, arts plastiques…) bâties autour de ces passés polémiques ? Les événements contemporains traumatisants ont-ils changé la teneur du discours sur le passé ? Y a-t-il des relectures, des réinterprétations de ce même discours? Y a-t-il des manifestations du deuil spécifiques qui transforment les représentations esthétiques? Comment s’organise la confrontation entre la parole prise et la parole écrite, qui tente de donner un sens à "l’inédit" et à "l’inouï"? (Michel de Certeau).
La mémoire d’une collectivité se place parfois en vis-à-vis de l’histoire officielle. Les discours dominants imposent au fil des années une version du passé qui a un impact aliénant sur le présent et sur les formations discursives qui l’évoquent (Foucault) et influencent la praxis sociale. Devant les silences et la déformation des informations, se dresse le devoir de mémoire légitime de tout citoyen et la commémoration collective des événements marquants qui s’exprime par une mémoire déclarative. Cela pose la question des contre-pouvoirs aujourd’hui : comment des questions telles que la croissance ou la justice sociale s’expriment et s’expérimentent de plus en plus en termes de contre-pouvoirs. Depuis les années 90, on assiste à l’émergence d’une quantité d’instances et de pratiques alternatives (ONG, mouvements indigènes). Comment les sociétés se pensent et se construisent dans des circuits très éloignés des centres de pouvoir et de décision ? (Benasayag, Angélique del Rey).
Le souvenir laisse plus d’une trace et des traces dans l’espace physique pour constituer un lieu de mémoire (Nora), comme le montrent les tombes des disparus et des victimes de la violence politique, les monuments qui leur rendent hommage. Cette mémorisation rassemble et peut structurer une société parce qu’elle propose une chaîne de souvenirs, d’éléments constituants d’une cohésion et d’une identité. Le langage, l’espace et le temps servent alors de points de rassemblement pour la collectivité, dans la mesure où ils affichent les empreintes du passé (Ricœur). Le sens dynamique de la mémoire se manifeste dans le présent, car elle structure les expériences nouvelles tout en s’appuyant sur le passé (Bourdieu). Le recul contribue à révéler des errements du passé et peut alors se dresser comme une barrière contre l’oubli.
Dans quelle mesure les représentations esthétiques participent-elles au travail de deuil de la société (Ricœur)? Ces représentations, peuvent-elles agir comme points de repère collectifs pour reconstituer une mémoire (Halbwachs) ? Dans ce cadre, et dans les pays latino-américains que nous nous proposons d’étudier, qui sont les agents qui invitent à relire le passé ? Pourquoi et dans quelle mesure ces agents correspondent-ils aux attentes sociales et proposent-ils un "choix" de souvenirs ? Quel est l’impact de cette mémoire revisitée sur les sociétés (politique, juridique, communication, esthétique) ?


 

Responsable scientifique : nestor.ponce [at] univ-rennes2.fr (Nestor Ponce)


Pour aller plus loin :



 

Informations pratiques
Campus de Villejean (Rennes)
11 février 2010 - 13 février 2010
Contact

Cellule recherche de l’UFR langues
laurence.bouvet-leveque [at] uhb.fr (Laurence Bouvet-Lévêque) / 02 99 14 15 50