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Les enjeux de la bataille de Magh Rath

MATH RAGH

Communication de Gilles Boucherit
CEI le 18.02.2010

La bataille de Magh Rath a eu lieu en l’an 637 de notre ère :

« Magh Rath (Moira) is situated on the Lagan, some five miles to the east of the south-east angle of Lough Neagh ».

Les parties en présence opposent à Domhnall mac Aedh roi suprême des Uí Néill du nord, les Dál Riata de Domhnall Brecc auxquels sont alliés les Cruthin des Dál nAraide en la personne de Congal Cláen.

Qui sont donc les Dál Riata ? Pour simplifier on pourrait dire qu’il s’agit de ce qui reste d’une partie des Ulates après les différents revers qu’ils ont dû subir de la part des Uí Néill du nord dont nous allons parler plus bas.


PEUPLEMENT DE L’IRLANDE

Pour savoir qui sont les Ulates maintenant, il faut examiner rapidement la question du peuplement de l’Irlande. O’Rahilly distingue 4 phases de peuplement celtique de l’Irlande :

Cruthin ou Pretani , Érainn ou Fir Bolg, Laginiens, Goidels.

Les Cruthin ou Pretani seraient arrivés sur l’île de Bretagne depuis le continent avant de passer en Irlande par le Wigtownshire au cours de la fin de l’âge du bronze qui commence en Irlande à partir de -1.200 et durerait jusqu’à -500 dans certaines régions.

Les Érainn ou Fir Bolg formeraient la deuxième phase de population celtique en Irlande laquelle coïnciderait avec le premier âge du fer entre -600 et -400 . Pour certains, les Érainn ou Fir Bolg seraient des Belgae habitant au sud de l’Irlande et venant de l’Île de Bretagne où ils auraient accostés depuis l’Europe continentale .
Les Ulates comme les Érainn feraient partie des Builg ou Fir Bolg surgeons de Belgae , mais eux, on les trouve au nord de l’Irlande au deuxième âge du fer, à partir de -400 :

« In the north, the Ulaid most probably represented a warrior caste of La Tène Celts from Britain, wielding an overlordship over indigenous tribes. The Connachta and Lagin may in their turn have been warlords of a similar type though of different origins ».

La troisième phase fait venir les Laigin ou Laginiens en Leinster avant -300 :

« [...] the two last Celtic invasions of Ireland, that of the Lagin and that of the Goidels, took place between ca. 325 B.C. and 50 B.C. » (O’Rahilly, 1999, p. 42).


UÍ NÉILL

Les Uí Néill seraient des Goidels, c’est-à-dire des Gaulois ayant fui les invasions césariennes malgré les origines prestigieuses que leur offre le ‘Lebor Gabála Érenn’ (Livres des Conquètes de l’Irlande). Ils se font connaître à partir du Connaught par leur ancêtre mythique Conn Cétchathach, Conn aux cent batailles.

C’est de ce complexe tribal préhistorique que va émerger une nouvelle dynastie : les Ui Néill . Non seulement ils abandonnent le tribalisme pour une organisation dynastique mais ils recrutent également au nord du Connaught des fianna , qui sont une classe de guerriers professionnels irlandais et de chasseurs :

« It was Niall and his sons in the fifth century who finally broke up the Fifth of Ulster, and the most plausible explanation of Niall’s epithet [Noigiallach : aux neufs otages] derives it from the hostages received from the nine tuatha (tribe in Irish) which originally made up the Airgiallan confederation ».

C’est cette histoire qui forme la trame de la fameuse Táin Bó Cúailnge, dans laquelle Cú Chulainn défend à lui tout seul la province contre les ennemis du Connaught.


ULSTER

A la période qui nous intéresse, entre les 5e et 7e siècles de notre ère, l’Ulster correspondait à peu près aux comtés d’Antrim et Down aujourd’hui. Les Ulates étaient devenus les voisins des Cruthin puisque ces derniers, sans doute après avoir occupé une partie de l’île jusqu’à l’arrivée des Érainn par le sud, avaient dû être confinés au nord par la suite.

« The Dál Riata, established along the Antrim coast, shared the province with two other peoples, namely, the Dál Fiatach, often called the Ulaid [ʊləɣ)], on the coast of Down, and the Dál nAraide or Cruithne in the interior ».

« The name Ulaid in the strict tribal sense was borne by the people who dwelt between Dundrum Bay and Belfast Lough. Their centre was at Dún-dá-Lethglass (Downpatrick)—originally a secular rather than a religious site—and their ruling dynasty were the Dál Fiatach. [...]. Ethnologically they were classed as Érainn. The Dál Riata too were Érainn but not closely related to the Dal Fiatach ».

Quant aux Dál Riata, confinés dans un petit territoire au nord de Co. Antrim suite à leur défaite face aux trois fils de Niall , ils allèrent fonder la colonie d’Argyll [ar’gail] à l’ouest de la Calédonie aux alentours de 500 :

« Whether the Dál Riata had settled in Scotland before the advent of fergus Mór mac Eirc c. 500 is open to argument, but there is little doubt that in his person the Dalriadi dynasty removed from Ireland to Scotland ».

Le roi de Dál Riata régnait donc sur les deux parties irlandaise (Antrim) et écossaise (Argyll) de son royaume.


DRUIM CETT

Pour comprendre l’origine du conflit qui oppose les deux camps il faut remonter à la convention de Druim Cett (Co. Londonderry). Elle a eu lieu en 575 et réunissait les deux partis indépendants des Uí Néill du nord en la personne de Áedh [aið] mac Ainmerech et de Áedán [aiðān] mac Gabráin roi de Dal Riata. Ceci en présence de personnalités comme Colum Cille notamment :

« [...] the convention settled the question of the relationship between the Dál Riata and the Uí Néill Highking, with the mainland branch of Dál Riata acknowledging the suzerainty of the Uí Néills high-kings; as a quid pro quo it may be assumed also that the position of the Iona federation of monasteries in Scottish Dál Riata territory was likewise guaranteed ».

On pourrait donc résumer la convention de cette façon : les Rois suprêmes du nord de l’Irlande se portent garant de la fédération des monastères d’Iona (situés en Écosse), en contrepartie de la reconnaissance de leurs droits sur les forces armées de la partie irlandaise de Dal Riata (Antrim). Il n’était pas question pour autant de remettre en cause la suzeraineté du roi de Dál Riata Áedán mac Gabráin en l’occurrence, sur cette partie irlandaise de son royaume :

« Aedán should continue to levy taxes and tributes, which meant that effective government of the territory was to remain in the hands of Aedán and his successors for as long as they could prove capable of retaining it ».

La souveraineté de la dynastie écossaise de Dál Riata sur celle d’Irlande est donc confirmée par cette convention. Notons que celle-ci peut également avoir pour conséquence d’après Bannerman de contrecarrer les ambitions des Ulaid de Dál Fiatach sur la royauté de l’Ulster que se partagent ces derniers à tour de rôle avec les Dal nAraide suivant la fortune du moment .

Mais pour bien comprendre la portée de cette convention, il faut ajouter cette précision prémonitoire :

« Cummine, abbot of Iona (657-669), tells us that Colum Cille foretold disaster for Aedán’s descendants should they attack Colum Cille’s relations in Ireland ».

Faut-il préciser en effet que Colum Cille lui-même est issu de la Cenél Conaill de laquelle descendent les principaux rois des Uí Néill du nord, comme Áedh mac Ainmerech [Ainmire] par exemple et son fils Domhnall mac Aed. Il est lui-même impliqué dans cet accord auquel il était présent comme conseillé, et aussi comme fondateur en 563 de l’abbaye d’Iona avec sa fédération de monastères.

Quelques décennies plus tard donc Congal Cáech roi des Dál nAraide succéde à Fiachna mac Demmáin des Dál Fiatach à la royauté d’Ulster . Quant à Domhnall Brecc il succède à Áedán mac Gabráin à la royauté de Dál Riata.

 

CONGAL CLAEN

Le personnage principal à cette époque est Congal Cláen ou Cáech, roi des Dál nAraide, le principal peuple Cruthin de la région, qui va devenir roi suprême de Tara :

«Congal Cáech could become king of Tara because of a favourable pattern of alliances of feuds extending all the way from Dál Riata, in what is now Argyll [ar’gail], and the north-east of Co. Antrim, to Leinster and Munster ».

En effet, bien qu’il ait battu Congal Cláen en 629 à la bataille de Dún Cethirn , Domhnall mac Aed roi suprême de Tara ne put empêcher celui-ci de parvenir à la royauté d’Irlande grâce à Domnall Brecc roi de Dál Riata et fils de son allié Eochaid Buide, qui va passer dans le camp de Congal Cláen, renversant par là même, la longue alliance conclue à la convention de Druim Cett. Il semblerait bien que c’est à la faveur de ce renversement d’alliances que Congal put devenir roi suprême d’Irlande à Tara. Domnall Brecc va même jusqu’à ravager les terres de la province de Domnall mac Áed situées au nord-ouest de l’île, en rapport avec l’accession de Congal Claen à cette fonction.

Grâce à un texte de loi du 7e siècle on sait que Congal Cáech fut roi de Tara, ne serait-ce qu’un an ou deux , jusqu’à ce qu’il fût défiguré par une piqure d’abeille à l’œil, à la suite de laquelle il rendra responsable le propriétaire de la ruche de son infirmité qui lui a fait perdre sa royauté.

« The lawtract is carefull to say that Congal’s injury was the subject of a judgement by both the Ulstermen and the Féni (the latter including the Uí Néill). Congal Cáech had therefore already lost the kingship of Tara before he was defeated and killed in 637 »

A propos de ce jugement, voici ce qu’on peut dire :

« The Ulstermen and the Féni then judged that lots could be cast to decide which of the bee-keeper’s hives should be forfeited for the blinding of Congal ».

Il s’agirait en fait de Domnall mac Áed, et toute l’affaire peut n’avoir été qu’une parodie de justice dans le but d’humilier Congal Cláen .

Les Ulstermen dont il est question ici sont probablement les Ulates du Dál Fiatach qui ne prendront pas part à la bataille de Magh Rath après avoir pris parti contre Congal à l’occasion du procès. L’opposition serait donc venue des Ulates (Dál Fiatach) et des Féni, Uí Néill du Cenél Conaill, le clan de Colum Cille.

Il est permis de penser que la perte de la royauté suprême de Tara à cause d’une infirmité disqualifiante et l’humiliation subie par Congal Claen de la part de Domnall mac Áed des Uí Néill, pourrait être la véritable raison du désir de vengeance de l’ancien contre le nouveau roi de Tara.


LA DATE DE PÂQUES

Pour mieux mesurer l’importance des enjeux de la bataille de Magh Rath, nous devons quitter maintenant l’aspect historique de la période pour en examiner le côté religieux, qui peut se résumer par le conflit sur la date de Pâques :

« The difficulty is to combine together the year (one revolution of the earth around the sun) and the month (one revolution of the moon around the earth) ».
Nous savons que l’année solaire représente 12.3683 mois lunaires. Un aspect du conflit concerne cet excès de 0.3683 mois lunaire. A l’époque l’autorité politique intercalait des mois lunaires, alors qu’aujourd’hui on fait du mois une division de l’année solaire, interrompant par là l’ancienne connexion des sociétés humaines agricoles avec les phases de la lune . Mathématiquement il y a 4 possibilités d’intercalation de mois lunaire d’après Charles-Edwards : «

a) intercalate 3 months every 8 years (3/8 = 0.3750);
b) intercalate 4 months every 11 years (4/11 = 0.3636);
c) intercalate 7 months every 19 years (7/19 = 0.3684).
d) intercalate 31 months every 84 years (31/84 = 0.3690) »

Aucune de ces possibilités n’est satisfaisante. En fait, c’est par l’exégèse biblique qu’on essaiera de parvenir à une solution de ce problème :

Pâques est l’adaptation chrétienne de la grande fête juive de Pessa’h (qui signifie ‘passer par-dessus’, Passover en anglais) qui dure 7 jours et commémore l’exode des Hébreux hors d’Égypte , marquant ainsi la naissance du peuple juif. Elle commence la nuit de la pleine lune, c’est-à-dire le 14e jour du mois lunaire de l’équinoxe de printemps. Il faut savoir que pour les Juifs , comme pour les Celtes d’ailleurs, le jour commence avec la nuit (coucher du soleil).

Au 7e siècle la compétition tourne autour des deux derniers cycles de 19 ou 84 ans qui s’opposent entre eux sur des points autrement importants que sur la durée. En effet, le système de Victorius d’Aquitaine ainsi que le Dionysiaque d’Alexandrie utilisent un cycle de 19 ans. Mais le système Dionysiaque commence la fête de Pâques le 15e jour du mois, celui de Victorius le 14e. Le troisième système de Sulpicius Severus utilise un cycle de 84 ans. Les Irlandais utilisent également un cycle de 84 ans dit celtique mais qui est en fait celui de Sulpicius, et fidèles en cela à leurs premiers saints, ils célèbrent Pâques le dimanche entre le 14e et le 21e jour de la pleine lune, même si ce jour coïncide avec le début de la fête de Pessa’h. Comme un fait exprès, l’Église de Rome a décidé que le jour de Pâques aurait toujours lieu le dimanche après la fête de Pessa’h , abandonnant ainsi toute relation avec la fête juive .
Ce qui va être à l’origine de la controverse, même si les divergences sur le calcul de la date de Pâques sont beaucoup plus anciennes, c’est la proximité des deux systèmes irlandais et continental avec l’établissement de monastères Colombaniens en Francie, qui aura pour effet d’aiguiser les différences. En effet, comme nous l’avons dit, Colomban se base sur l’évangile de Jean et débute la fête de Pâques en même temps que les juifs, le 14e jour du mois lunaire.
Après la mort de Colomban en 615 ou 627, ses monastères en Francie abandonnent le cycle de 84 ans et adoptent le système Victorien. Autour de 628, le pape Honorius Ier envoie une lettre aux irlandais, à la suite de laquelle un certain nombre d’églises irlandaises adoptent également le système Victorien. Il faudra attendre le retour d’une délégation irlandaise de Rome vers 632, pour qu’Iona acceptent également d’adopter le système Victorien de Pâques :

« By 640, however, Rome had definitely gone over to the Dionysiac Easter, for the letter of the pope-elect John, reported by Bede , is an attack on a proposed ad hoc and temporary reconciliation between the Victorian and Celtic Easters, as has been shown by Ó Cróinín » .

D’après Dáibhí Ó Cróinín en effet, cette « attaque » est en fait basée sur une divergence au sujet de la lecture d’une lettre adressée à Severinus par les irlandais, et interprétée par Jean IV son successeur (pope-elect John) comme une proposition pour célébrer la Pâques le 14e jour comme les juifs. La controverse sur la date de Pâques est désormais une question d’autorité dans l’Église :

« [...]: the Bible was simply not consistent enough to yield a solution that was clearly correct ».

Pourtant, l’Église irlandaise, tout comme l’Anglaise, était fière de proclamer qu’elle avait reçu la foi de Rome , mais le désir d’uniformité à l’image de Rome gagnait en vigueur et sous-tend en fait la renaissance carolingienne :

« The great exception to this general trend was Gregory the Great [540-604 ], the apostle of the English. [...]. For Gregory ‘whereas there is a single faith, the customs of churches are diverse’ ».

Mais, la tolérance liturgique que plaide Grégoire le Grand était devenue impossible dès la deuxième moitié du 7e siècle :

« Nonetheless it was a slow process, partly because of the influence and the high repute of Iona, but also because there were excellent arguments in favour of the Celtic Easter ».

Si on jette un regard a posteriori sur cette époque, il est à noter dans la chronologie des faits, que l’attaque dont parle Ó Croinín de la part du pape Jean IV se produit en 640, c’est-à-dire trois ans seulement après la défaite de Magh Rath et le triomphe du clan Uí Néill. Dans les années 630, il est clair que certaines églises monastiques étaient en position dominante dans l’Église irlandaise . Cette lettre de Jean IV est adressée aussi bien aux évêques qu’aux abbés de la partie nord de l’Irlande . Le mouvement des abbayes est une particularité irlandaise, et celtique. Contrairement aux évêques qui relèvent de Rome, les abbayes sont des établissements autonomes et fédérés, comme la confédération d’Iona par exemple, laquelle est concernée par la convention de Druim Cett.


THE CELTIC CHURCH

Venons-en maintenant à l’Église Celtique. Bien que le terme soit contesté, il n’en demeure pas moins qu’il existait ce que Bede nomme ‘l’épiscopat irlandais ’ en Northumbrie, en même temps que la mission de Columba chez les Pictes qui avaient créés une province culturelle insulaire basée sur des valeurs religieuses traditionnelles commune aux deux îles, Irlande et Bretagne . Le processus est englobé dans les carrières de Columba et d’Aidan, moine de Iona en Bernicia et Deira , la future Northumbrie. Si l’on examine la situation avant la rupture de la convention de Druim Cett, force est de constater que ce que Bede appelle l’épiscopat irlandais concerne une grande partie de l’île d’Irlande et de Bretagne et d’après certains chercheurs pouvait ainsi constituer du point de vue romain une menace sur l’Église tout court.

Les conséquences de la bataille de Magh Rath ont été d’une part la déroute des Cruithin avec la mort de Congal Cláen, et d’autre part la fin de l’influence des Dál Riata en Irlande du Nord, remplacée par la domination du clan des Uí Néill . Elle a également pour effet la perte d’influence progressive de la confédération d’Iona de Colum Cille et la réorganisation du nouveau paysage politico-religieux nord irlandais caractérisé par la controverse au sujet de Patrick.


PATRICK

Le préalable de Tírechan par exemple, qui est l’hagiographe de saint Patrick vers 660-670 , fut de considérer que les églises primitives d’Irlande appartenaient à l’héritier de l’apôtre irlandais, l’évêque d’Armagh :

« The destruction of Emain Macha and the collapse of the Ulster Fifth brought chaos to the embryonic diocesan system established by the early missionaries, and our sources exhibit great confusion as to the immediate successors of Patrick in the see of Armagh ».
Nous sommes au 5e siècle, puisque Patrick serait né vers 385 et mort vers 461. L’émergence des grandes églises monastiques au 6e siècle a obscurci le paysage ecclésiastique et fait en sorte que les historiens d’Armagh au 7e siècle eurent surtout à naviguer dans le brouillard . Bref on s’arrache Patrick, lequel en fait se serait retiré d’Armagh pour Downpatrick, en suivant ses patrons les rois Ulates dans la défaite . De plus ces derniers se vantaient de posséder le corps de Patrick à Saul ou Downpatrick, et avaient beaucoup de monastères sur leurs terres—notamment Bangor avec sa richesse et son savoir—lesquels partageaient certainement l’hostilité aux prétentions de Armagh au 7e siècle . On peut penser en effet qu’au 7e siècle Armagh était entré dans le giron des Uí Néill :

« [...] saint [Patrick]’s alleged close association with the sons of Niall and his confrontation with Lóeguire [the last pagan king] at Tara doubtless represent the contemporary efforts of Armagh to enlist the support of the Uí Néill and to wean them away from attachment to such centers as Clonmacnoise (which Tírechán specifically mentions as hostile) and to the extensive monastic federation founded by Colum Cille their kinsman ».

On peut donc parler d’hostilité à cette époque entre les partisans de Patrick et ceux de Colum Cille, mais il est déjà trop tard.


CONCLUSION

Sans aller jusqu’à la critique manichéenne pour certains de Miles Dillon dans Celtic realms , qui oppose églises romaines et monastères irlandais, il ne serait pas juste de passer sous silence le fait qu’à l’origine Patrick est le saint des Ulates et qu’il est enterré près de Downpatrick, leur capitale.

Rien dans nos lectures cependant ne laisse supposer que les Uí Néill auraient représentés le camp chrétien avant la victoire de Magh Rath . Force est de constater que l’alliance convenue à Druim Cett aurait été rompue à l’initiative du camp Cruthin-Dál Riata. Par contre l’entrée en guerre de Congal Cláen contre les Uí Néill pourrait avoir été provoquée par les humiliations que lui a infligées le camp Uí Néill-Dál Fiatach dans le but de lui faire perdre la royauté de Tara. Nous avons des traces écrites de malédictions contre Congal Cláen aussi bien que contre Domnall mac Aedh de la part du clergé ainsi que des traces écrites d’humiliations subies par Congal de la part de Domnall mac Aedh .

Toutefois le camp des vaincus pourrait être devenu celui des païens après la défaite. Les Cruthin en effet se donnaient pour ancêtre Conall Cernach dont l’étymologie est 1- porter des cornes, 2- excroissance, 3-victorieux :
Ann Ross nous explique qu’il existe plusieurs représentations iconographiques qui attestent du culte d’un dieu cornu en Irlande venant du nord, et de la concentration de monuments pré-chrétiens originaires de la région qui s’étend entre Armagh et Lough Erne. Il existe également une pierre à Boa Island (Fermanagh) qui atteste également de ce culte. Cette iconographie rappelle celle du Gaulois Cernunnos . De plus, on trouve des traces d’un culte du cerf au paragraphe 40 de la romance en moyen-irlandais ‘Buile Suibne’, lequel pourrait être a posteriori l’une des raisons tacites invoquée pour provoquer la défaite de ‘Suibne’, alias Congal Cláen, et sa christianisation en forme de Happy End, sous la houlette de Ronan. En fait ‘Suibne’ n’a jamais existé, il joue probablement le rôle de Congal Cláen et se greffe sur le cadavre de Suibne son of Colman Cuar tué dans la bataille . Une chose est certaine, il n’a jamais écrit le moindre poème. L’opinion d’O’Keeffe est que la greffe a été effectuée rapidement après la bataille, dès le 8e ou 9e siècle, sachant que Moling, l’ami de ‘Suibne’ dans la romance meurt en 697.

A noter également, la maîtrise par les chrétiens du nouveau media de l’époque, le livre. En effet avec la civilisation chrétienne nous sommes entrés dans le monde de l’écrit. C’est donc après la bataille de Magh Rath que les scribes vont s’atteler à revisiter et arranger les événements qui ont permis la suprématie du clan des vainqueurs officiels les Uí Néill, puis à la rédaction de l’histoire de l’Irlande, avec notamment le fameux ‘Lebor Gabála Érenn’, qui n’est que ceci d’après Ó Cróinín :

« a work of propaganda [...] which sought to present the status quo of c. 800 as the natural outcome of an evolutionary process whose beginnings could be traced back into the dawn of history » (2005, p. 183).