Séminaire Ermine Juin 2013

Vendredi 14 juin 2013
Conférence

Ermine, groupe de recherche du CRBC, a  invité , le vendredi 14 juin 2013  Marcel Le Moal pour une communication sur le thème : "Les Bretons du Havre"

Écouter

A la fin du XIXe siècle, si on excepte Paris et sa banlieue, la ville de France qui comptait le plus grand nombre d’émigrés bretons était incontestablement Le Havre. Dès la création du port par François Ier en 1517, les ouvriers bretons – près de deux cents sur un total avoisinant quatre cents – rétribués à raison de l’équivalent de dix livres de pain par jour, sont logés dans des baraques en planches. Baignant jusqu’aux cuisses dans la vase saumâtre, décimés par la fièvre des marais, ils s’activent à déblayer, creuser et construire les bassins du port.

Pendant trois cents ans, on ne verra plus guère de Breton au Havre. C’est entre 1886 et 1900, grâce à la liaison hebdomadaire Morlaix-Le Havre de la Compagnie Maritime de Finistère créée par Edouard Corbière, qu’ils affluent de nouveau en masse. Généralement peu qualifiés, ils sont employés aux travaux les plus pénibles, à bord des navires comme matelots de pont, ou à fond de cale, dans les soutes ou les chaufferies. D’autres encore travaillent dans les usines, les fonderies, les raffineries, les docks, les quais, les chantiers de terrassement des nouveaux bassins, ou au creusement du canal de Tancarville.

Quelques uns, plus astucieux ou moins démunis, ont ouvert des petits commerces d’alimentation ou des débits de boisson, restaurants, hôtels, recrutant leur clientèle dans les rangs de leurs compatriotes. La plupart occupent, dans des conditions sordides, le vieux quartier Saint-François, déserté par la armateurs : immeubles vétustes aux murs lézardés, suintants d’humidité, où la crasse des vitres tient lieu de rideaux. Dans ces locaux dépourvus d’hygiène, ils vivent à dix ou douze dans la promiscuité malsain d’une chambrée ou d’une cave, dormant sur des paillasses. Le mobilier, rudimentaire, se limite à de simples caisses. Une planche posée sur une barrique tient lieu à la fois de table et de tinette.

Pourtant, ces hommes sobres, courageux, gagnent honorablement quoique modestement leur vie. Pourquoi cette pauvreté, pourquoi cette misère ? C’est que chacun d’entre eux a, au Pays, de vieux parents dans l’indigence, en charge, le plus souvent, d’une nichée de marmots, avec quelquefois en prime un infirme, un estropié, un handicapé mental. Il faut voir, le samedi soir, à la Poste, la longue file des ouvriers bretons expédiant à leur famille les mandats qui permettront à la couvée d’affamés, non pas de vivre dignement, mais simplement d’échapper à la mendicité.

La Seconde guerre mondiale sonne le glas du quartier Saint-François. Pilonnée par l’aviation alliée, la « Petite Bretagne » est entièrement rasée. Les habitants qui ne sont pas retournés au Pays trouvent refuge dans les localités moins exposées de la basse vallée de la Seine.

 


 

 


 

Informations pratiques
Vendredi 14 juin 2013
Contact

Cédric Choplin
cedric.choplin [at] gmail.com